Et si on apprenait à s’accepter plutôt ?
C’est l’été ! A nous les petits shorts et les crop tops ! Quoi que non, le crop top, moi, je fais l’impasse, j’aime pas mon ventre et je ne peux pas imposer sa vue au monde entier. Oui parce que quand je sors dans la rue, tout le monde me regarde et focuse en particulier sur mon ventre… Bon, évidemment, là, j’exagère. Déjà, au vu des canicules successives, je ne sors pour ainsi dire pas. Et quand je le fais, autant vous dire que mon bidou, je m’en fous. Je suis trop occupée à trouver des parades pour ne pas mourir. Et même, cet été, je noue mon t-shirt et laisse entrevoir un peu de peau ventrale. Car je me dis que ça coûte moins d’apprendre à s’accepter que de chercher à tout prix à être quelqu’un d’autre.

Etre bonne ou ne pas être
Qui dit été dit summer body. Ohlala, il est crucial de faire des efforts pour être belle à la plage. Alors je ne vais pas critiquer ça parce que chacun fait ce qu’il veut de son corps. Tant qu’on ne tombe pas dans l’hyper contrôle, les excès, bla bla, toi même tu sais. Encore une fois, on ne remplace pas une injonction (souffrir pour avoir un corps parfait) par une autre (interdiction de “travailler son corps”). En plus, ce serait hypocrite de ma part vu que j’ai certaines ambitions au sujet de mes bras et que mes puissantes cuisses de cycliste, je les kiffe plus que ce que je n’aurais cru. Et oui, je veux bosser mes bras qui ne me complexent pas et pas mon bidou que je déteste parce que j’ai l’impression que ça marchera mieux.
Vous vous souvenez du body positivisme ?
Il y a quelques années, nous avions la mode du body positivisme qui a totalement disparu. On est dans un backlash total, je dirais même. Déjà parce que le body positivisme a été mal compris. Surtout par ses détracteurs, ravis de ne pas comprendre, effectivement. Le body positivisme n’a jamais été l’éloge de la grosseur ou de l’obésité. Personne n’a jamais fait l’éloge de l’obésité, d’ailleurs. Personne ne veut vraiment être gros ou grosse car le coût social est immense. Merci la grossophobie. Cependant on ne change pas de corps comme de chemise. Alors à un moment, oui, il est plus sain d’accepter son corps tel qu’il est que de lutter contre. Je suis d’ailleurs intimement persuadée qu’on aura du mal à obtenir un corps sain en le détestant. Et quand je parle de corps sain, je ne parle pas de minceur tant vantée. Chacun sa génétique. Et dernier point : le body positivisme est censé concerner tous les corps, y compris les plus fins. Parce qu’on apprend aux femmes que leur corps n’est pas valable quelle que soit leur silhouette, en fait.
On nous a appris qu’une femme doit être au régime
C’était ça, la base du body positivisme. Accepter son corps imparfait. Parce que le rapport à notre corps est le talon d’Achille des femmes. Ce n’est pas leur faute, de base. On naît de femmes qui ont, elles-même, appris à se détester. Elles pensent que leur corps difforme (dans leur tête) a été un supplice pour elles et veulent à tout prix épargner à leurs filles les mêmes tourments. Et c’est ainsi que des gamines de 10 ans avec un peu de gras se retrouvent au régime. Et on part pour des années de TCA, détestation de son corps, prise de poids non contrôlée. Je vous jure, à chaque fois que des femmes prennent la parole sur comment elles ont grossi, ça commence toujours par un régime dans leur enfance. Et puis si notre mère ne nous traumatise pas, le reste de la société s’en charge. Grossophobie des autres enfants, magazines pour ados qui commencent déjà à parler régime, séries télé où des filles ultra-minces parlent de leurs rondeurs. Je me souviens que dans Hélène et les Garçons et toute la suite, il y a longtemps eu des blagues sur le poids de Lalie. Lalie qui était (et est toujours, il me semble) résolument canon. Moi, j’aurais tué pour être canon comme Lalie.
T’es moche et c’est tout
Bref, la société pousse les femmes à se détester. Je parle de grossophobie parce que c’est le cas le plus évident mais toutes les jeunes filles que nous avons été ont été rabaissées, à un moment ou à un autre. Trop grosse ou trop maigre, trop moche, trop mal habillée, trop de lunettes ou de dents… On se moque des filles les moins populaires en leur faisant croire que le beau gosse de service veut sortir avec elles, par exemple. Bref, forcément, on a du mal à s’aimer puisqu’on a appris que les autres nous trouvaient moches. Je suis à peu près persuadée que chacune se souvient plus d’une remarque désagréable, d’une petite humiliation dans l’enfance ou l’adolescence que de tous les compliments reçus. On se souvient plus des petites piques que de tous les “t’es belle” sincères reçus. Parce que c’est une norme, aussi, de ne pas s’aimer. De se trouver des défauts. C’est la scène de Mean girls où Rachel McAdams et Amanda Seyfried se regardent devant un miroir en se pinçant la peau et en soupirant. Certes pour cueillir les compliments des copines mais quand même. Alors que moi, je serais Amanda Seyfried, je me regarderais dans la glace en me disant que je suis la plus belle du monde.

Les femmes doivent se détester
Il faut se détester. Parce que les filles qui s’aiment et l’affirment se font basher. Elles “se la pètent”. Alors qu’en parallèle, les garçons peuvent poster des photos d’eux torse nu et muscles gonflés et tout le monde applaudit. Bref, n’attendez pas de l’audience qu’elle vous acclame de la même façon. Une femme qui s’expose, c’est la curée. Le travail d’amour de soi, il doit venir de nous, c’est tout. Il faut apprendre à s’accepter. Je ne dis pas que c’est facile mais, depuis quelques temps, c’est quelque chose qui m’interroge. J’ai la double chance d’arriver à l’âge où on nous scrute moins, ce qui offre une certaine liberté. Et en plus, je ne suis plus du tout sur le marché de la séduction donc je ne perçois plus mon corps comme une interface dans mes rapports avec les autres. Mon corps, c’est totalement entre moi et moi que l’appréciation se crée. Il y a des jours où je l’aime, d’autres où je le déteste. En général, je l’aime bien au sport quand il me permet de suivre les consignes sans grincer. Je le déteste quand je me mets à me gratter de partout sans raison, que j’ai des bouffées de chaleur (en pleine canicule, putain) ou des douleurs au ventre parce que dolichocolon des enfers. Quand je dis que je déteste mon ventre, je ne parle pas juste d’esthétique…
Ton corps change…
Il y a peut-être de ça, aussi. Mon corps est en train de changer. De mon fait vu que je fais beaucoup de sport pour éviter de sombrer dans le désespoir de pas trouver de taf. Mais aussi de l’âge. La péri-ménopause déclenche des trucs. Les fameuses bouffées de chaleur que je déteste vraiment. Sauf que là, je ne peux rien y faire. Enfin, si, faut que je me dégote une sage-femme parce que les généralistes me disent juste de vivre avec et de prendre des compléments alimentaires. Pardon mais me réveiller quasi toutes les heures car je brûle littéralement de l’intérieur, bof. Je vous jure, l’autre matin, hors canicule, mon mec se colle à moi et se retire aussitôt car “je suis brûlante”. Je sais, c’est mon corps qui fait n’importe quoi. J’ai même de l’acné alors que j’en avais plus depuis des années et que j’étais bien contente de ma peau parfaite. Mais ce corps qui est en train d’apparaître, ça reste le mien.
Et si j’apprenais à m’aimer, pour voir ?
Alors j’ai pensé à tester un truc. Mon hypno m’a envoyé un protocole d’auto-hypnose pour soigner mes élans de procrastination. Fun fact : depuis qu’elle me l’a envoyé, je n’en ai plus eu. Par contre, j’ai envie de le tester pour apprendre à aimer mon corps même quand il me saoule. Même aimer mon bidou parce que quand il fait 40°, la seule raison objective de ne pas se balader nombril à l’air devrait être de craindre un coup de soleil dessus. Pas la peur que les gens nous jugent. De toute façon : 98% des gens que vous allez croiser ne vous regarderont pas et les 2% qui restent et qui vous jugeront sont soit des cons, soit des gens eux-même très mal avec leur corps. Si je regarde le ventre des femmes, c’est pour me comparer. Et fun fact, certaines ont des bidous joliment rond que je trouve follement harmonieux et que j’envie. D’ailleurs, pour changer mon regard sur les bidous, peut-être que je devrais les regarder, oui. Voir qu’ils n’ont aucun rapport avec la beauté, l’élégance, le charisme ou la prestance de la femme qui n’a pas un six-pack. De toute façon, les femmes qui ont des six-pack, on leur dit que c’est pas féminin. On perd toujours, je vous dis !
Regarder des corps comme le nôtre
Laissez-moi vous parler d’Eve Nakkachdji, une influenceuse dite mid-size qui a du bidou. C’est elle qui le dit et elle explique que c’est en s’abonnant à des comptes de femmes mid-size qu’elle a réalisé que des bidous ronds, ça pouvait être mignon. Et effectivement, quand je vois ses photos, je suis d’accord. Alors ok, Eve est mannequin et est super belle. Mais j’ai un peu décidé de devenir elle. En version mini pouce car elle a l’air super grande alors que moi, non. Mais la cascade de cheveux, c’est oui, c’est mon nouveau projet. Bon, je dis ça, neuf chances sur dix que dès que je trouve un job, je coupe tout mais laissez-moi me raconter des histoires. Mais Eve, son storytelling, c’est qu’à un moment, elle a choisi de s’accepter plutôt que de lutter. De regarder des corps comme le sien et réaliser qu’en fait, ça va.

Poudre de perlimpimpin et anneau gastrique mental
Quand on regarde des contenus un peu “poids”, on croule sous les contenus de ce type. Insta, il voit que t’as cliqué sur deux trucs sur le même thème, il y va à fond. Sachez donc que mon onglet discover se partage actuellement entre sirènes, perles colorées et Kimi Antonelli. J’adore Kimi, sorry not sorry. Et des trucs sur le poids, notamment cinquante sur des pilules ou poudres miracle, et une appli d’hypnose. Appli qui te promet un “sleeve mental” ou je ne sais plus quoi. Le sleeve, c’est l’anneau gastrique. Un truc qui marche mais qui crée aussi des complications. Certainement comme le Ozempic même si je ne me suis pas penchée du tout sur les effets secondaires* ou la fameuse pilule Alli qui dérègle totalement le transit et te fait te vider de façon très violente, apparemment. Le prix de la minceur. Je vois cette pub d’appli d’hypnose et je me dis “mais pourquoi de l’hypnose pour maigrir plutôt qu’une hypnose pour s’accepter ?”.
Si on aime son corps, ça ira beaucoup mieux
Comprenez-moi bien : oui, je sais que la perte de poids peut être indispensable pour certaines personnes. Comme la prise de poids pour d’autres. Mais si on parle de santé, confiez ça à des professionnels, pas à des applis à la con. Quand on se tourne vers des solutions miracle, c’est sans doute que la perte de poids nécessaire n’est pas médicalement critique. Ou n’a pas été détectée par des médecins qu’on refuse d’aller voir pour ne pas subir leur grossophobie ? Oui, ok. Mais quand notre corps est parfaitement fonctionnel et nous permet de faire ce qu’on a envie de faire, pourquoi lutter contre lui ? Pourquoi ne pas nous offrir des solutions pour s’accepter, tout simplement. Surtout que, comme déjà dit, je suis persuadée qu’aimer et remercier son corps est la meilleure façon de le faire fonctionner au mieux et, d’éventuellement, se débarrasser d’un peu de superflu qui lui nuirait. Lutter contre, être en guerre, le vocabulaire est très explicite quant à la détestation qu’on a de ce pauvre corps qui nous aide pourtant à traverser la vie.
Personne ne regardera votre ventre à la prochaine apocalypse
Alors c’est sûr qu’une appli qui nous permet de nous accepter, c’est une grosse perte financière. L’industrie du régime et de la diététique pèse fort lourd. On doit dépenser de l’argent pour maigrir ! S’accepter, c’est un truc d’anticapitaliste, ça… Tiens, une super idée d’article sur Citizen Bartoldi. Bref, en 2026, on décide de s’accepter. De toute façon, dans un monde de bunkers climatisés post-apo, personne ne se préoccupera de votre bidou.
*Je l’ai fait depuis et effectivement, c’est corsé…



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