La canicule ou la colère d’impuissance
Bonjour, cet article sera un condensé d’enfonçage de porte ouverte mais je ressens comme un besoin de l’écrire. Et je le publie ici et non sur Citizen Bartoldi car cet article ne va pas fustiger l’inaction politique des dernières décennies sur la question du réchauffement climatique ou expliquer que l’Humain, espèce soit-disant la plus intelligente, est la seule à détruire son propre habitat (et à tuer ses femelles) au péril de sa propre existence. Non, ici, on va parler de sentiments. Parce que je déteste ce sentiment d’impuissance et que ça ira mieux en le disant. Même si je sais qu’on ressent tous la même chose.

Je me bats pour trouver le positif
Je suis généralement quelqu’un d’assez optimiste et résolue. J’essaie de ne pas me laisser abattre. Je me fais “rupture conventionnalisée” par un patron qui en profite pour m’expliquer pendant dix minutes à quel point je suis nulle ? Ok, c’est l’occasion rêvée pour reprendre mon projet de reconversion professionnelle vers la data analyse. Je galère à trouver du taf ? C’est pas grave, j’ai encore les ARE pendant pas mal de temps, j’en profite pour avancer sur des projets persos, faire des formations en ligne… Bon parfois, dans ma tête, c’est pas aussi serein mais j’essaie toujours de trouver un versant positif à mes galères, partant du principe que tant que j’ai la santé et que personne ne meurt, on peut afficher un visage optimiste. Je suis la stakhanoviste du positif, moi. Parfois jusqu’à l’absurde.
J’ai pas la possibilité de contrôler
Et puis il y a les situations que tu ne maîtrises pas. Genre : la canicule. La canicule, c’est pas juste une chaleur écrasante au-dehors. C’est surtout un été qu’on nous vole. Une preview de notre future vie dans les bunkers… Enfin, non, moi, je suis pas assez riche, je finirai desséchée au dehors mais passons. Un été enfermé. Je veux dire les étés pluvieux, ça fait chier mais on peut quand même, avec un k-way ou un parapluie, prendre un peu l’air. Là, l’air nous est interdit. Et c’est vraiment en ce moment que je découvre avec quelle intensité l’air est mon deuxième élément. Le premier reste l’eau. C’est-à-dire que là, j’essaie de faire un max de cours d’aquagym, à tel point que je crains qu’ils finissent par me demander un loyer. Je déteste vivre enfermée et dans le noir. Chaque déplacement nécessite une préparation et une logistique que je supporte de moins en moins.

L’entretien grosses gouttes de sueur
Surtout que tout coûte. Laissez-moi vous narrer une anecdote. Mercredi, j’avais un entretien. En présentiel. Le premier depuis deux ans. L’entretien est à 10h donc je me dis qu’on va y aller en vélo. Ce sera gérable et c’est agréable de faire du vélo quand il fait encore un peu frais. Et puis trajets en vélo : 32 mn, trajet en tram : 43 mn. Et le tram en ce moment, c’est une aventure, apparemment. Je pars donc. Je vais à un bon rythme. Mais il commence à faire bien chaud, déjà. Et ce qui devait arriver arriva : j’ai débarqué en nage. J’avais ma serviette de visage, le lieu était climatisé mais ça n’a pas suffi. Durant l’entretien, je sentais les grosses gouttes de sueur dégouliner de mon visage, mes bras étaient recouverts de sueur. Damn, le seul moment où mes bras sont couverts de sueur, normalement, c’est au cours de bike. Du coup, j’étais super à l’aise pour expliquer que j’étais une personne géniale alors que mon visage fondait.
Un supplice pour le corps
La canicule nous rajoute une charge mentale de fou. On doit tout anticiper. Avant, quand on décidait quand on allait faire les courses, la seule chose à prendre en compte : ce que nous avions déjà prévu. Désormais, on calcule en fonction des températures. “Ah non, ça dépasse 40°, on sort pas”. On renonce à certaines sorties. Ah oui, ce film au ciné, il a l’air bien mais c’est en ville. 25 mn de vélo. Trop. Vous vous souvenez de l’entretien où j’étais une flaque que j’évoquais au paragraphe au-dessus ? Rassurez-vous, si vous avez déjà oublié, c’est pas forcément une maladie, c’est juste que le cerveau pédale dur avec la chaleur. Donc j’ai fini l’entretien vers 11h. Je chevauche donc ma bécane vers 11h05. Traçage pendant 25 mn. Pause au brumisateur en chemin pour une petite douche. Je m’arrête au supermarché acheter deux ou trois bricoles. Je repars. Retour chez moi un peu avant midi et j’ai des jambes de plomb. Vraiment des courbatures, t’as peur. Alors que je fais 8h de sport en moyenne, actuellement. Dont du bike. C’est pas 30 mn de vélo qui devrait me foutre au sol. Et j’ai mis un temps infini à permettre à mon corps de revenir à la normale.
Je passe en mode bug
Les corps souffrent. Le mental aussi. Je galère de fou à tout faire, actuellement. J’écris à deux à l’heure, je n’ai aucune concentration. Même à l’aquagym, je bugge. L’autre soir, le cours d’aquaboxe est géré par Lucas, aka le prof qui a une légère passion pour la coordination et l’équilibre. Deux trucs qui sont pas super innés chez moi. Il nous montre donc un enchaînement. “Tu baisse les bras à côté de ta taille, tu donnes un coup de pied à droite, un crochet à gauche…”. En vrai, je ne me souviens même plus. Donc je commence à faire strictement n’importe quoi, essayant de me rappeler ce que j’étais censée faire et Lucas qui décide que c’est un bon moment pour venir m’aider alors que… Non mec, oublie-moi. Je ne ferai que te ralentir. Vraiment trois mouvements, j’étais incapable de les enchaîner correctement, je buggais systématiquement.
J’ai perdu la tête, aussi
Je fais tomber plein de choses, j’oublie des trucs. Genre hier, je dis à mon mec “hé, tu te souviens de la séance de ciné pour aller voir Jim Queen au ciné le 11 juillet ? Bah le 11 juillet, c’était hier !”. Je l’avais mis dans notre agenda mais non, aucun de nous n’a percuté. On va voir son frère dans 15 jours, on vient juste de booker la voiture et l’hôtel tellement on arrive à rien. Aussi parce qu’on n’a pas envie de se projeter parce que la seule chose à laquelle on pense, c’est la chaleur. Qu’on n’a pas envie de dépenser 500 balles pour aller s’enfermer ailleurs. Même si les hôtels ont la clim, ok. Ca me rappelle le sale goût des vacances à Malte où il faisait 37° et qu’on restait à l’hôtel pour pas crever. 37°, aujourd’hui, j’ai presque l’impression que c’est tolérable.

Organiser sa vie pour gérer au mieux
Evidemment qu’on a le corps et la tête en vrac. Les nuits deviennent difficiles. On est tous là à se partager des astuces fraîcheur genre mettre ses chaussettes au frigo, coller des bouteilles d’eau au ventilateur, se mouiller les cheveux, les bras, se recouvrir d’un linge humide… Mais la canicule, c’est une vraie charge mentale à elle toute seule. Avec mon mec, on planifie notre vie en fonction de ça. Pas que les sorties mais à quelle heure on se lève, quand est-ce qu’on cuisine quoi ? A quelle heure on ouvre ou ferme les fenêtres. Où on place le ventilateur, comment on rafraîchit notre Duchesse qui est désormais un chat senior (15 ans), comment rafraîchir la maison quand les nouvelles chatonnes vont arriver et qu’elles ne doivent sortir sous aucun prétexte ? Est-ce qu’on a de l’eau au frais ? Quid des bouillotes et poches de glace ? J’ai même acheté des comprimés effervescents qui aident à l’hydratation en cas de grosse chaleur. Aucune idée de si ça marche mais ça nous fait boire alors bon…
Un été à survivre
Tout ça me met en colère. Déjà parce que je fais le constat de mon impuissance. Oui, j’ai des modestes outils pour lutter contre la chaleur. Cheveux mouillés, tout ça. Mon nouveau truc, c’est de ne plus prendre de sous-vêtements quand je vais à la piscine et de ressortir avec mon maillot mouillé sous mes fringues. Mais ça n’empêche qu’on me vole mon été. Qu’on me vole mes balades digestives, mes virées au lac parce qu’il fait même trop chaud pour y aller. Je n’ai plus de vie sociale car je n’ai le courage d’aller voir personne. On mange n’importe quoi parce que trop chaud pour cuisiner. Trop de fatigue pour prendre des initiatives. Je parle même pas du ménage, l’idée même de s’agiter passé 10h du mat nous extermine. On se débrouille avec trois astuces et demi pour survivre mais ce n’est pas l’été dont je rêvais. Et je n’avais pas de grandes ambitions concernant mon été, hein. Je voulais juste profiter du dehors.

Agir maintenant pour rafraîchir les villes
Sauf qu’on fait quoi ? Ce dont des choses qui nous dépassent. Oui, voter mieux, ok. Sauf qu’on ne vote que dans un an. Et même si la France vote très bien, ça ne va pas tout solutionner. Bon, votez bien quand même, hein. Ce n’est pas parce qu’on n’est pas le pays le plus émetteur de C02 qu’il faut se dire qu’on n’a rien à améliorer. Gérer la climatisation des lieux publics, notamment écoles et hôpitaux. Et pas juste avec trois clim’ mobiles flinguées. Créer des îlots de fraîcheur. Franchement, circulez à vélo les jours de grande chaleur, vous allez percuter de suite la proximité de ces îlots, c’est incroyable. Déminéraliser et désalphater les villes le plus possible. Repenser la durée des feux rouge, aussi. Oui, désolée, quand je suis au vélo ou à pied, attendre une minute que le feu soit vert en période de canicule, c’est looooong. Et, oui, on pourrait espérer un peu de cordialité ou de compassion de la part des automobilistes mais j’ai trop souvent dû attendre à des stop ou des cédez-le-passage sous pluie battante pour savoir que les automobilistes ne cèdent quasi jamais leur priorité.
On n’a plus le droit à la joie
Mais même si on vote bien, que des choses changent, l’angoisse du présent est là. Pourquoi on subit ça ? Parfois, j’ai l’impression qu’on n’a plus droit à la joie. Tous autant que nous sommes. Les saisons ont toutes perdu de leur attrait. L’hiver est souvent pluvieux et boueux mais pas de neige. L’été est si brûlant qu’on reste enfermés au lieu de profiter des longues soirées. Le printemps et l’automne ? Entre chaleur “hors normes” et déluges. Je pense à ceux qui devaient se marier ces derniers jours. A ceux qui ont dû dire au revoir à un proche qui n’a pas résisté aux 40°. A ceux qui ne dorment plus parce qu’il fait 35 chez eux. Je parle de mon ressenti mais on se fait tous voler notre été. Une période qui met normalement un peu de baume sur nos plaies. Et face à notre impuissance, là, “voir le positif” ne suffit plus.

Calmer ou nourrir la colère ?
Cet article n’a aucune solution concrète à ça. Peut-être accepter la colère et l’impuissance car, parfois, y a rien d’autre à faire. Faire des choix politiques (pas que voter) pour espérer que ça ne se reproduira plus. Profiter avec exaltation de la moindre accalmie en se disant que c’est toujours ça de pris. En profiter pour prendre le temps de lire devant le ventilateur… en s’assoupissant toutes les trois minutes. Honnêtement, je ne sais pas. Attendre que ça passe… Que faire d’autre de tout façon ? A moins de se dire que, cette fois, faudrait pas trop gérer la colère mais la nourrir, au contraire…

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