Cause aggravante : le stress

Cause aggravante : le stress

Quoi ? Parler de stress en plein été, alors que les gens sont en pleines vacances et détendus ? C’est un peu un but contre son camp, non ? Alors déjà non parce que 2026 est sans doute l’été le plus stressant que nous ayons connu en France. Après 2003 peut-être car les médias étaient beaucoup plus impressionnés par la canicule et les morts engendrés. Là, on en est à se demander si on aura même connaissance du nombre de décès. Et puis les vacances, en vrai, ça peut vite être stressant. Tiens, je vais écrire un article là-dessus pour la semaine prochaine, restez connectés ! Mais aujourd’hui, on va parler stress en général.

Bouffée par le stress
(c) Uday Mittal

Parfois, j’ai des pets de travers. Mon corps vrille un peu et le premier réflexe, c’est d’aller vérifier sur Internet de quoi il retourne. Une activité un poil moins stressante depuis que nous n’avons plus les forums Doctissimo. Ou alors je suis en train de glander sur Instagram et un contenu poppe “vous avez tel souci avec votre corps ? Cause numéro 1 : le stress”. Par exemple, récemment, Instagram a décidé que mon sujet de préoccupation, c’était le poids. Ou la perte de poids. Ma faute, je suppose. Je veux dire, j’ai commencé à m’abonner à quelques divas “mid size” et pour Instagram, il y a eu un raisonnement du genre “ah, elle aime les femmes à bidou, elle doit vouloir perdre du poids”. Je me suis abonnée à Lâche ton assiette aussi qui est super intéressante, je profite pour la recommander. 

Parlons un peu perte de poids vite fait. Dans l’ère des réseaux sociaux, la sphère de la diététique est envahie de petites meufs qui débarquent en nous expliquant qu’elles ont perdu un nombre conséquent de kilos en un temps réduit. Waouh, mais comment as-tu fait Jessica ? Facile, répond Jessica, commente “mangue” et je t’envoie ma méthode. Ok. Alors le fait que, toi, Jessica, tu aies perdu tant de poids en si peu de temps avec une méthode censément miracle, ça ne veut pas dire que ça va marcher sur moi. Toi, jeune vingtenaire, moi, middle-age pré-ménopausée. Et rien n’indique non plus que ta méthode miracle soit saine. Je vais pas vous faire l’histoire de “la grossophobie ambiante vous pousse à croire qu’être mince est un état sain alors que pour arriver à la minceur, les méthodes poussent parfois à s’affamer”. Perso, j’ai jamais été aussi mince qu’en faisant un repas par jour ou de mon fameux régime “mon repas du soir ? Deux yaourts et un litre de thé vert”. Bon, ce régime avait néanmoins l’avantage de parfaitement m’hydrater mais je buvais tellement de thé vert que ma transpi en avait l’odeur… Ah et pour les plus jeunes d’entre nous : à une époque, boire du thé vert était un geste minceur.

Une tasse de thé vert
(c) Valeria Miller

Bref, j’ai mis, malgré moi, un pied dans l’univers du culte de la minceur. Tout n’est pas forcément à jeter mais il y a un conseil qui me bute. Selon la mode minceur actuelle, l’ennemi d’une silhouette svelte, c’est le cortisol. Si vous êtes une femme qui navigue sur les réseaux sociaux sans un solide anti-pub, outil dans lequel je dois investir à tout prix, vous savez ce qu’est le cortisol. Je parlais de “mode de la minceur” juste avant et en ce moment, c’est le grand truc. “Si tu ne maigris pas, c’est pas ta faute, c’est celle du cortisol”. Cortisol appelé aussi “l’hormone du stress”. Je traduis donc : si ton bourrelet récalcitrant ne part pas, c’est à cause du stress. Et aussi au fait que tu ne dors pas 8h par nuit parce que tu te couches trop tard et que tu te lèves trop tôt pour profiter des 30 mn de fraîcheur quotidienne. Oui, ok, quand je dis “tu”, ça veut dire “je”.

Ah, alors, le cortisol. Si j’en crois l’industrie du régime, c’est mon ennemi. Si j’en crois les études scientifiques, pas tant. Parce que c’est normal d’avoir du cortisol, en fait. C’est une hormone clé dans la gestion du métabolisme. C’est notamment le pic de cortisol le matin qui vous réveille, par exemple. Donc lutter contre le cortisol, non, c’est con. Le réguler par contre… Hé oui, un excès de cortisol “en cas de stress chronique”, peut altérer la mémoire et augmenter le nombre d’épisodes de troubles anxieux ou dépressifs. Ah oui, là, on dépasse le stade du bourrelet récalcitrant. 

Une installation à base de lampes chinoises et néons avec écrits notamment stress, hormones, hearbeat...
(c) Onur Kurt

Parmi mes petits pépins de santé, on trouve l’hypertension. Bon, c’est pas quelque chose qui m’a surprise quand j’ai franchi la limite. Ma mère est sous traitement depuis ses 32 ans. Moi, ça a commencé aux 40 donc je trouve que je m’en sors pas si mal. Et ma grosse tension reste modérée, 15.10 quand je prends pas mon traitement. Dire qu’avant ma “rupture conventionnelle”, sous traitement, j’étais tombée à 11.8. Malgré le fait que je considère comme “normal” d’avoir de l’hypertension au vu de mon hérédité, on me donne des conseils pour essayer de réguler naturellement ma tension dont le fameux “réduire le stress”. Mmm. Alors si on considère qu’en 2025, j’ai perdu mon taf et mon chat adoré et qu’en 2026, j’arrive quasi pas à juste décrocher un entretien pour bosser, je fais comment ?

Même dans des périodes sans crise, je suis stressée. Je plonge très vite dans le burn-out, j’anticipe trop, je rumine pas mal. Je fais de l’hypno pour apaiser mes troubles anxieux et ça marche pas mal mais parfois, ça me cueille au réveil. Quand je me réveille au milieu de la nuit et que soudain, j’ai l’impression qu’il n’y a pas d’issue pour mes problèmes actuels. Alors quand je dis “pas d’issue”, ne lisez pas ça de façon dramatique, je n’ai pas de pensées morbides. Juste que j’ai l’impression que je ne m’en sortirai pas avec les honneurs, quoi. Typiquement, là, je me dis que je ne trouverai pas de boulot dans le domaine qui m’intéresse et que je finirai par faire un job alimentaire. C’est ça, le “pas d’issue”. Souvent, d’ailleurs, ma “détresse” ou plutôt mon sentiment de détresse est lié à mes variations hormonales, un délice en période de pré-ménopause, et à ma fatigue. C’est ce que j’ai dit à mon psy l’autre jour. “Des fois, je crois que je suis triste sans raison mais je réalise que je suis juste fatiguée”. Dormir plus ? J’aimerais bien mais le stress m’en empêche en me secouant de sales pensées à l’heure de sombrer. Ou, au contraire, une super idée qui m’excite totalement et m’empêche de dormir. Et bah…

Une femme assise sur son lit dans le noir, une guirlande lumineuse à la fenêtre
(c) Greta Bartolini

Le stress est donc mon pire ennemi. Il est le pire ennemi de beaucoup d’entre nous. Je ne suis vraiment pas un être à part sur le coup. L’autre jour, je lisais un petit strip sur Insta d’un médecin qui dit à un patient “il faut limiter votre stress. Et si vous y arrivez, dites moi comment que je puisse enfin partager la recette à mes autres patients”, un truc du genre. Faut dire que “what a time to be alive”, comme on dit. Je ne vous referai pas le topo sur le fait que la canicule nous vole nos beaux jours mais la sensation que “la vie” nous prive de joie est souvent présente. On a le spectre du chômage, des crises économiques et de l’inflation, les maladies, la pollution… Mon nouveau truc, c’est de dire que je profite maintenant de ma retraite car pas sûre d’en avoir une. Ce que je ne précise pas, c’est si je dis ça parce que je pense que le gouvernement va encore nous niquer la gueule ou si je pense que je n’atteindrai pas l’âge de la retraite car je serai morte avant. D’une maladie, de la canicule ou d’un système de santé totalement défaillant, choisissez votre camp. 

J’en viens presque à me dire que “ne pas être stressé·e”, c’est soit du luxe, soit de l’inconscience. Oui, j’imagine que quand on est Maria-Carolina de “J’ai jamais eu besoin de bosser pour être très riche”, on se stresse assez peu. La notion de survie est totalement étrangère à ce type de personnes. Pas de questions sur “comment je vais faire pour payer ceci dont j’ai besoin”, pas de crise de larmes en cas de grosse dépense imprévue qui ne rentre pas du tout dans le budget. Pas de manager toxique et la pollution, est-ce que ça stresse quand on en est à l’origine ? Ouais, l’empreinte carbone d’une Maria-Carolina du Pompon sur la Garonne, c’est environ celle de tous les habitants de ma ville réunis. On pourrait se dire que les prolos que nous sommes ne devraient pas stresser sur la pollution qu’ils n’engendrent pas… Sauf qu’à l’arrivée, qui va mourir cuit à la vapeur sous un toit en zinc ? Parce, pour rappel, Bernard Arnault et ses amis, ils ne subissent pas la canicule comme nous puisqu’ils peuvent sauter dans un jet ou se réfugier sur leur yacht au milieu de l’océan pour avoir un peu de frais. Est-ce que brûler Yann Barthes et ses acolytes permettrait de faire baisser le stress ? La question est posée.

Une femme plonge dans la mer, on ne voit que ses pieds

Bref, paraît que mon ennemi santé, c’est le stress et que je devrais lutter contre ça. Moi, je veux bien mais comment ? Le yoga, la méditation, la sophrologie, l’hypnose, tout ça, j’ai tenté. L’hypnose fonctionne pas mal sur les angoisses mais ça ne règle pas tout.  Réguler son stress, oui, ok. Mais comment ? Et finalement, est-ce que la réponse n’est pas, une nouvelle fois, dans l’individualisme forcené ? A une époque, dans la sphère du développement personnel, les gens étaient pas mal encouragés à ne plus “suivre les nouvelles ». Comprenez l’actualité. Bon, tous ces conseils étaient donnés par des “coaches” qui semblaient vivre déjà très confortablement avant donc sans être sur des Maria-Carolina, on en est pas loin. Facile de pas stresser quand ta survie n’est pas en jeu, encore une fois. Peut-être qu’une vie sans stress est un idéal qui n’est pas atteignable par tous.

En attendant, je ne sais toujours pas quoi faire de mes excès de cortisol, moi. Paraît que le sport, c’est top mais attention de ne pas trop en faire sinon, ça stresse le corps… Ah oui, le remède qui accentue le mal, ça va pas m’aider à limiter mon stress, ça, encore. Bref, paraît que pour mieux vivre, faut limiter son stress. Mais curieusement, personne ne sait vraiment comment faire. Et c’est pas dans cette fantastique ère de l’anthropocène qu’on trouvera une solution. 

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